De quoi cela s’agit-il ? Il s’agit tout simplement de l’acronyme de Big Brother Award, un prix accordé chaque année a toute « personne ou institution s’étant distinguée par son mépris du droit fondamental à la protection de la sphère privée ou par sa promotion de la surveillance et du contrôle de personnes ou groupes de personnes. Les Prix Orwell stigmatisent les surveillants – alors que les Prix Voltaire distinguent ceux qui surveillent les surveillants… ». Ces prix sont décernés selon cinq catégories :

  1. Etat, élus (Administrations, personnalités politiques) ;
  2. Entreprises (Sociétés privées, organismes professionnels) ;
  3. Localités (Contrôles de proximité, politiques urbaines sécuritaires) ;
  4. Novlang (depuis 2004) ;
  5. Prix Spécial du Jury… pour l’Ensemble de son Oeuvre.

On peut également noter que le jury peut décider d’attribuer une mention spéciale à un candidat particulièrement méritant !

Par opposition, le prix Voltaire est décerné « à des personnes, des collectifs ou des projets qui, en luttant et manifestant contre la surveillance arbitraire des individus, se sont engagées de façon exemplaire pour informer le public sur les dérives du traitement automatisé et de l’arme technologique, que ce soit pour leurs écrits, actions, ou projets de société… »

Je pense avoir suffisamment fait durer le suspens, je vais donc vous donner la liste des lauréats de cette année :

  1. Le fichier RNCPS et le ministère du Budget : Sous couvert de lutte contre la fraude aux prestations sociales, Eric Woerth veut créer un fichier central qui remet au goût du jour le funeste « projet Safari » des années 70, menant à l’interconnexion massive des bases de données avec le NIR comme identifiant unique.
  2. La Mutualité française : Pour avoir milité avec ardeur, aux côtés des assureurs privés de la FFSA, afin d’accéder à certaines données médicales détenues par la sécurité sociale. Leur lobbying forcené a porté ses fruits en 2008.
  3. Bertrand Delanoë et Christophe Caresche, mairie de Paris : Pour avoir finalement succombé aux sirènes de la vidéosurveillance. Cette forme de surenchère avec le gouvernement pour s’acheter une moralité sécuritaire, laisse totalement de côté la question de son inefficacité et minimise les atteintes aux libertés.
  4. La Caisse nationale d’allocations familiales et sa méthode IGGACE : Pour avoir utilisé, pour former ses agents à la détection de la fraude, une « méthode » issue de recherches policières, qui utilise l’« intelligence sémantique » pour débusquer « bien plus que le mensonge », à savoir « l’intentionnalité » du mensonge…
    Projet européen Humabio : Ce projet de biométrie « multimodale » présente comme une « liberté » le fait d’utiliser des techniques d’identification basées sur le comportement (comme la démarche), alors que cela aura pour conséquences de pouvoir identifier une personne à son insu.
  5. Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur : Pour son goût immodéré des fichiers de police (+ 70% en 3 ans, dont Ardoise, Edvige, Cristina ou encore Gesterex), mais aussi pour sa « novlangue » avec sa promotion de la vidéosurveillance, ses invitations à la délation et son talent à fabriquer un « ennemi intérieur ».

Face à la pression mise en place par le gouvernement pour violer le principe de vie privée, les lauréats du prix Voltaire de cette année sont au nombre de 4 et sont arrivés ex æquo au classement.

  • Mireille et Monique, bénévoles à Calais : Mireille est une mère de 11 enfants qui héberge des jeunes migrants chez elle au risque d’être poursuivie, et Monique a été interpellée pour apporter une aide matérielle régulière aux sans papiers.
  • Collectif Non à EDVIGE : Pour être parvenu à mobiliser syndicats, citoyens et organisations de défense des droits de l’homme, récolté plus de 200.000 signatures contre le fichier Edvige, ce qui a poussé le gouvernement à reporter ses projets.
  • Collectif Non à l’éducation biométrique de l’Hérault : Pour s’opposer, avec un certain succès, à la prolifération des systèmes biométriques à l’école et avoir dénoncé les arguments déployés par les industriels pour conditionner les jeunes générations.
  • L’appel des directeurs d’école contre Base-élèves : En six mois plus de 180 enseignants et directeurs d’école primaires ou maternelles ont signé un appel à la désobéissance pour s’opposer au fichage précoce des enfants

Enfin, pour notre plus grand plaisir, il y a eu cette année une mention spéciale « bâton merdeux » à Frédéric Lefebvre, député et porte parole de l’UMP, pour « son incompétence et son insistance à vouloir contrôler internet par le biais du CSA, ses arguments iniques pour soutenir la loi Hadopi, pour vouloir traquer la délinquance dans les maternités, et bien d’autres choses… ». Il y a également une mention spéciale « zélateur anonyme » regroupant des personnes ayant confondu leur fonction « d’agent de l’Etat ou de services publics avec celle d’auxiliaire de police, dénonçant des personnes sur simples suspicions, trahissant leur secret professionnel et mettant en danger de la vie d’autrui. »

Voilà, je voulais, par cet article, faire découvrir ce collectif qui prête une attention particulière au respect de la vie privée, que ce soit sur Internet ou ailleurs. Il s’agit d’une initiative de Privacy International, une ONG créée à Londres en 1990 pour attirer l’attention du le développement de nouvelles technologies pour surveiller la vie privée des induvidus.

Certains repartent déçu, mais je suis certains qu’ils feront mieux l’année prochaine 🙂

4 thoughts on “BBA

  1. En diversifiant les catégories et en faisant un top 10 au lieu d’un top 5, je suis sûr qu’on pourra toujours trouver de la qualité pour le remplir (enfin, peut-être pas pour les Voltaire… 🙁 )

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