Je vais tenter ici de livrer un article que j’ai envie d’écrire depuis longtemps, et qui me tient beaucoup à coeur. J’entends ici développer un aspect trop souvent oublié de la maladie cancéreuse, à savoir ses conséquences sociales. En effet, encore aujourd’hui, lorsque le diagnostic tombe, le malade se retrouve à devoir faire face à sa maladie, aux traitements souvent très lourds, mais aussi à l’exclusion sociale. Mais avant d’aller plus avant, revenons sur ce qu’est le cancer.

Cette pathologie est caractérisée par une perte de l’homéostasie cellulaire. En effet, la taille des différents organes de l’organisme est régulée par des processus de prolifération/différenciation cellulaire, compensée par la mort des cellules les plus anciennes. La cancérogénèse est donc caractérisée par très forte augmentation de la prolifération d’une ou de plusieurs cellules, qui ne respectent alors plus les besoins normaux du tissu. Après cette étape d’initiation, au cours de laquelle une cellule entre dans un processus de division incontrôlé, une succession d’étapes (mutations génétiques) aboutit au cancer histologiquement décelable. C’est l’étape de promotion.De nombreux facteurs endogènes et exogènes interviennent au cours de cette étape. Le clone tumoral peut alors continuer de proliférer pour donner une tumeur cancéreuse. Cette étape ne se fait pas sans apport énergétique, c’est pourquoi la tumeur, grâce à des facteurs chimiques, va pouvoir induire la production de vaisseaux sanguins. Ces derniers vont permettre l’acheminement des nutriments au sein de la tumeur, augmentant ainsi son pouvoir de multiplication. Quant au processus métastique, il constitue un passage de certaines cellules tumorales dans la circulation sanguine, qui vont alors pouvoir aller coloniser d’autres organes, et développer des foyers tumoraux secondaires.

En 2006, un total d’environ 149000 décès par cancer a été enregistré en France avec un proportion de 59% d’hommes et 41% de femmes. Ce chiffre tant à diminuer chaque année car dans l’ensemble, la mortalité diminue pour toutes les localisations fréquentes (sauf pour le poumon chez la femme et le pancréas pour les deux sexes). Pour autant, le taux d’incidence de la maladie a augmenté de 38% entre 1980 et 2005, et ce en prenant soin de s’affranchir de l’évolution démographique. Grâce à ces chiffres on comprend la nécessité d’une prise en charge de qualité pour l’ensemble de ces patients.

Mais qu’en est-il réellement ? À quoi peut prétendre aujourd’hui un patient atteint d’un cancer ? Ne perdons pas de vue que le cancer est une maladie chronique, dont l’évolution est lente, et pour lequel la prise en charge doit être longue. À l’heure actuelle, le patient touche 80% de son salaire pendant un an, puis durant les deux années qui suivent, il touche 40 à 50% de ses revenus. Puis, au-delà de cette période, il peut prétendre à une indemnité d’invalidité d’un montant allant de 150 à 300 € environ. En plus de sa maladie, le patient doit faire face à une paupérisation croissante, pouvant aboutir à un endettement important. Si l’on ajoute à cela la difficulté qu’ont les banques à accorder des emprunts aux personnes ayant un état de santé « à risque » (entendre ici risque pour la banque de ne pas récupérer la totalité de montant prêté et que patient en rémission complète = patient à risque), on comprend aisément dans quelle détresse sociale peut se retrouver un malade. N’oublions pas les assurances, qui n’ont aucun scrupule à faire payer des surtaxes à des gens malades ! Comme le souligne le Pr Francis Larra, président de la Ligue contre le cancer, « on assiste à un glissement du domaine médical au domaine social », et d’ajouter, que nous avons à faire à un « système de double peine ».

Il est également possible de mettre en perspective ces observations avec la question de l’emploi. On connaît la difficulté pour les personnes atteintes d’un cancer de garder ou de récupérer un emploi. En effet, malgré qu’un chef d’entreprise sur deux (seulement !) considère que cette maladie est un facteur de précarité, un sur quatre estime ne pas avoir les moyens de garder un salarié atteint d’une maladie cancéreuse si son absence est supérieure à trois mois ! D’autre part, il a été estimé que 4 à 8% des cancers seraient d’origines professionnelles, ce qui correspond théoriquement à 11000 à 23000 cas. Cependant, seuls 1365 ont été reconnus comme tel en 2001 par exemple. Il existe donc également des efforts à faire ce côté, pour que les entreprises acceptent de tenir leur part de responsabilité, et que les démarches soient simplifiées pour qu’un cancer soit reconnu comme étant d’origine professionnelle.

Un long chemin reste encore à parcourir pour aboutir à une prise en charge holistique décente des malades, de plus en plus nombreux, atteints d’un cancer ! Cela devra passer par une volonté politique forte (bien plus forte que le plan cancer). Il est certain que cela ne se fera pas sans argent, et que l’État tient une place de choix. Un problème de santé publique comme le cancer ne peut aucunement faire l’objet d’une absence d’implication de ce dernier.

9 thoughts on “Cancer : un facteur d’exclusion sociale

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