Depuis plusieurs mois, on nous présente la crise économique comme étant la résultante d’une dérive du système capitaliste. Ce terme, somme toute banal, mérite un petit temps d’arrêt. Le choix des mots est en effet une bataille déjà perdue pour ceux qui n’ont pas vu qu’elle avait commencé.

Par définition, une dérive ne se comprend que par rapport à une norme, une rive dont on s’écarte. Dans ce cas, un évènement (une crise) qui aurait pu remettre en cause l’intégralité d’un système, est rallié au rang d’exception, qui, comme chacun le sait, confirme la règle ! C’est ainsi que l’utilisation de ce mot empêche d’elle-même toute remise en cause profonde, en minorant tout ce qui pourrait compromettre le système économique. De même, lorsque le président légitime le G20, alors qu’il pourrait être intéressant de se demander s’il est normal que 20 pays des 193 que compte l’ONU soient détenteurs de 85% de la production de richesses.

Peut-on simplement parler de dérive ? Ce n’est pas une dérive de tenter d’augmenter ses profits dans un système basé sur cette notion même. Tous ceux qui se posent en moralisateur du capitalisme sont également ceux qui ont pu lire dans les ouvrages d’Adam Smith, qu’une main invisible était là pour harmoniser les égoïsmes individuels. Pour ne citer qu’Alain Minc, illustre défenseur du système capitaliste :

La main invisible existe. Nous l’avons tous rencontrée. Le marché surréagit, s’énerve, s’émeut, mais globalement ne se trompe guère. Ni sur les devises, ni sur les actions des sociétés, ni sur le crédit des Etats.

C’est pourtant dans ce système que surgit la crise, celui qui considère que lorsque plusieurs personnes tirent sur une couverture celle-ci ne se déchire pas mais s’agrandit.

Peut-on considérer que ceux qui ont le plus spéculé, en prenant des risques inconsidérés avec pour objectif d’accroître leurs profits, ont simplement dérivé ? Il ne s’agirait donc que d’un dysfonctionnement temporaire. Pourtant, le libéralisme a montré sa capacité à mettre en place, de lui-même, patiemment mais inexorablement, les conditions de sa propre crise. On ne citera ici que les dérégulations.

Fort heureusement, Partick Devedjian veille au grain, et s’assure que l’argent public versé aux banques serve aux entreprises et non à la spéculation. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les tours de passe passe nécessaire à la justification des profits records réalisés par les banques à la fin de l’année, face aux déficits records pour l’État, seront délicieux. Après les patrons voyous Laurence Parisot nous fera certainement le coup des banquiers cupides. Une dérive en somme…

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